Point de vue du professeur Friedman, père du premier bébé-éprouvette, Amandine, sur la question. Il signé, avec une cinquantaine d'autres personnalités, un appel pour maintenir l'interdiction de la pratique des mères porteuses dans la prochaine loi de bioéthique.
Extraits :
"Je suis outré par le lobbying de certaines associations qui prônent la légalisation de cette pratique pour défendre les intérêts de quelques nantis. Il faut savoir qu'il n'y a pas de mères porteuses sans commerce. Il n'est pas question de don, ici, mais de location d'utérus au profit d'une autre personne, avec des intermédiaires, des avocats, des médecins qui prennent chacun leur dû sur le dos de la femme. C'est ce que j'appelle l'aliénation, l'esclavage, la dépendance...
Il y a tout de même des actes de générosité: une femme qui par exemple accepte de porter l'enfant de sa soeur?
C'est l'arbre qui cache la forêt. Vous connaissez beaucoup de femmes prêtes à prêter leur ventre pendant des mois, sans contrepartie, par pur altruisme? Non, soyons sérieux.
D'abord, ça n'est pas un problème de santé publique. Il existe un très petit nombre de gens qui ont de bonnes raisons de recourir à un ventre de substitution, notamment les femmes qui n'ont pas, ou plus, d'utérus. Et puis beaucoup d'autres dont les motivations n'ont rien de médical, comme les couples homosexuels masculins qui utilisent les mères porteuses pour avoir des enfants issus de leur sperme. N'oublions pas que tout ça est fait dans le but d'avoir un enfant génétique!
Pourquoi irait-on se fourrer dans cette galère, alors que nous n'arrivons déjà pas à satisfaire aux besoins plus importants? Je suis obligé de refuser des demandes de consultations pour les diagnostics préimplantatoires parce que mon carnet de rendez vous est rempli jusqu'à fin 2010. Et on ne trouve pas toujours des solutions à tous les problèmes: 40% des couples qui tentent une fécondation in vitro n'ont pas d'enfant.
On pourrait aussi autoriser les mères porteuses en contrôlant étroitement cette pratique pour éviter les dérives...
Le sujet a été débattu à l'Académie de médecine: il était question de définir le pedigree de la bonne parturiente. Il fallait s'assurer qu'elle ne fume pas et ne boive pas pendant la grossesse, qu'elle passe un examen médical et psychologique confirmant qu'elle était suffisamment stable et mature pour pouvoir abandonner un enfant à la naissance. Mais où va-t-on?
Je passe mon temps à dire aux femmes qui reçoivent un don d'ovocyte: ça n'est pas votre enfant biologique, mais pendant neuf mois vous allez le porter, l'absorber physiquement et symboliquement, et quand vous accoucherez ce sera vraiment le vôtre. Imaginez maintenant le discours face à une mère de substitution: "Madame, vous allez porter un enfant mais surtout ne vous y attachez pas, on va vous le prendre dès qu'il sortira et vous ne le verrez plus". Je ne peux pas m'imaginer faire ça!
L'interdiction en France n'empêchera pas les couples français de se tourner vers la Belgique ou les pays de l'est pour trouver des mères porteuses...
Attendons les scandales qui vont arriver dans les pays de l'est, par exemple quand une femme refusera de rétrocéder l'enfant à la fin de la grossesse. Je reprendrais la phrase de Sylviane Agacinski: "La France n'est pas en arrière, elle est en avant sur ce sujet". L'exploitation de l'humain par l'humain est inacceptable. Le jour où je verrai défiler des manifs de femmes dans la rue criant "nous voulons porter pour les autres", je reconsidèrerai peut-être ma position. En attendant, je l'assume pleinement.
Avec le don de gamètes, c'est si différent?
D'abord, ce n'est pas le même investissement, ni la même contrainte psychique et physique. Mais là encore le danger de la dérive par l'argent guette. J'ai écrit il y a quelque temps un article posant la question de la rémunération des dons d'ovocytes, en constatant la pénurie de donneuses alors que la demande ne cesse d'augmenter. Je proposais de mettre en place un système incitatif, comme celui appliqué par les Espagnols. Aujourd'hui, j'ai tendance à changer d'avis. Depuis le début de la crise et la montée très forte du chômage dans ce pays, je constate que les donneuses sont de plus en plus nombreuses et que la logique mercantile s'installe.
On peut trouver des solutions pour celles qui n'ont plus d'utérus. Leur suggérer l'adoption, mais aussi explorer d'autres pistes, comme la greffe d'utérus. On prélève bien des coeurs, des poumons, des foies, mais pas cet organe, que l'on refuse de recueillir et de transplanter pour d'obscures raisons culturelles...
On pourrait aussi développer la pratique de la congélation d'ovocytes pour les femmes ne pouvant ovuler. Il existe une technique, dite de "vitrification", qui se développe dans de nombreux pays et qui a fait ses preuves. On compte déjà plus de 800 enfants nés au Canada et au Mexique. En France, on ne peut le faire que pour des femmes atteintes de cancer. Ca fait deux ans que nous essayons de faire reconnaître ce procédé et nous n'y arrivons pas. Parce que l'agence de biomédecine et l'Afsaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé) n'arrivent pas à se mettre d'accord pour nous donner un cadre. Cela va finir par un nouveau manifeste de médecins.
Source : l'Express, Gilbert Charles.
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